Hear our voice |Women’s March on Washington

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Elle a vraiment eu lieu cette élection. Cette élection à laquelle je ne pouvais pas participer.

En 2012 j’arrivais aux Etats-Unis, un mois après ma fille naissait, puis il a fallu connaître, comprendre et puis hop Obama était réélu. J’avoue je n’ai rien vu passer. Nous votions aussi en France et il ne me reste rien de la campagne américaine. Je me souviens de ma fille qui déboulait toute rose et tellement apaisante. Je me souviens de mon fils qui me faisait découvrir ce que c’était de vivre dans cette ville géante, grouillante, remplie d’humains à ras bord. Mais point de débat, de meeting dans mes souvenirs de 2012.

Cette année c’est différent. Je suis installée à New-York depuis presque cinq ans et forcément je suis un poil plus ouverte au monde extérieur.

Ça a commencé au printemps dernier, on a pris le métro, on fait la queue et on est allé voir Bernie Sanders. Le grand a râlé (un peu), la petite a dormi par terre et nous ben on était content. J’ai vécu ça comme l’étrangère que je suis, comme quelqu’un d’absolument pas concernée par ce qui se passe mais qui a envie d’être au courant. Un militant allait voir les gens pour leur demander s’ils voulaient s’impliquer dans la campagne. Il y avait mille manières de s’investir (j’ai l’impression que c’est vachement plus facile de s’investir dans une campagne ici qu’en France… parenthèse). Quand il est venu nous voir ce sentiment d’illégitimité a commencé à pointer son nez. Dans ma tête, assez rapidement a tourné en boucle quelque chose comme “ben non, j’peux pas, j’suis même pas américaine, je peux pas voter, je vais pas aller distribuer des tracts, c’est n’importe quoi…”. J’ai répondu non au jeune homme. Mes yeux eux lui disaient que j’avais trop envie moi aussi d’avoir un badge de militant parce que je feelais grave le Bern.

Du coup on est allé acheter des badges et on est rentré à la maison.

J’ai vécu le reste de la campagne un peu de la même manière: hyper attentive et intéressée mais toujours avec ce sentiment de ne pas avoir le droit d’avoir un avis et surtout avec cette réelle impuissance qui me revenait en travers de la figure très régulièrement. Ne pas avoir le droit de voter voulait aussi dire que personne n’avait rien à cirer de mon avis et que j’avais qu’à la boucler. Ce que je fis (à peu près). Le jour du vote j’étais en mode pom pom girl pour soutenir les américains, genre allez y les gars vous pouvez y arriver. Bon. Vous connaissez la suite : en fait non, ils y sont pas arrivés.

Cette période de quelques mois après l’élection pendant laquelle on appelle la personne qui vient de gagner le président elect a été marquée par une espèce de naïveté de ma part qui a fait que mon cerveau balançait des informations qui me faisaient croire que quelque chose allait se passer parce que j’étais bien d’accord avec moi-même (et accessoirement avec plus de la moitié des américains) sur le fait que ce type ne pouvait absolument pas être président du pays dans lequel j’habitais. Mon cerveau fait des trucs bizarres des fois mais je crois que c’est un mécanisme naturel de protection.

Quelques jour après l’élection, avec des copines, on a acheté des billets de car pour aller à Washington le 21 janvier parce que parait-il il y aurait une marche des femmes et oui bien sûr je voulais en être. Mon cerveau continuait à m’envoyer des infos et me disait que vraiment je faisais n’importe quoi, je venais de foutre en l’air 65 dollars parce que ce mec ne serait pas président. Je me suis dis que 65 balles pour changer de président c’était pas cher finalement et que j’aurais qu’à visiter Washington avec les copines, parait qu’y a un super musée spatial ou un truc comme ça. Au pire y aurait des bars.

Bon. En vrai le 21 janvier j’ai pris le bus. Et c’était pas exactement pour aller boire des coups avec les copines.

Il était 3h du mat. J’avais préparé mon petit thermos avec du café chaud, mes petits sandwichs dans des sachets transparents, une recharge de batterie pour mon téléphone et mis le numéro d’un avocat dans ma poche comme c’était conseillé, genre en cas d’arrestation. Bon moi j’avais décidé de pas me faire arrêter, premièrement parce que je suis trop trouillarde pour ça et deuxièmement parce que j’avais bof le temps, fallait que je retourne au bus à 18h30 au plus tard. On s’est installé dans le bus dans un état un mi-comateux et mi-excité et puis ça a commencé. L’inversion du monde. Petit à petit. Dans le bus, 54 femmes et 3 hommes dont le chauffeur. Certaines femmes présentes étaient militantes depuis les années 70. Elles avaient vécu les grands mouvements pour les droits civiques et pour les droits des femmes. Le truc qui m’a impressionnée direct. Evidemment. Autant je crois que je peux croiser beyoncé sans sourciller, autant me retrouver dans un bus avec ces meufs là qui avaient bercé ma mythologie d’adolescente, ça m’a rendue un poil fébrile. Dans ce bus, très vite, j’ai ressenti ce que ressentent tous les hommes blancs depuis leur naissance souvent sans même le savoir: vivre dans un monde dirigé par leurs pairs. Dans ce bus, les femmes régnaient. Les hommes étaient accueillis avec joie. Ils accompagnaient les femmes. Une inversion du monde. Une fois sur place, cette sensation est devenue normale. Des centaines et des centaines de bus déversaient des meufs qui rigolaient avec leurs copines. C’était fou. Ce que je sais maintenant c’est que des nanas ensemble ça se marre grave et ça tchatche du monde avec respect, envie et ténacité. (je le savais déjà mais j’avais pas de preuve scientifique avant.)

On s’est retrouvé dans cette ville que je n’avais jamais vu de ma vie, dont j’ai forcément une vision complètement déformée et que j’ai envie de me garder comme ça. On a eu de la chance, on a pu accéder à l’un des écrans qui retransmettait ce qu’il se passait sur la scène là bas, loin. Alors oui on n’entendait pas super bien, c’était un peu long, on a quand même eu mal au dos mais les femmes qu’on a vu ce jour là, ce qu’elles nous ont dit, comment elles l’ont dit, ça valait grave le mal au dos. J’ai vu des femmes qui me disait que j’avais le droit d’ouvrir ma gueule. Et ça, ça vaut tous les mal au dos. Ça vaut le réveil à deux heures du mat. C’est de l’or. Ça change une vie. Non seulement ces nanas là me disaient que j’avais le droit de parler mais qu’on avait tous besoin que je parle. Elles nous disaient les minorités, elles nous disaient comment faire attention aux plus attaqués, comment les protéger. Elles nous ont remis debout ces femmes là. Et puis Angela Davis. J’ai pensé très fort à ma copine qui avait été bouleversée quand elle l’avait rencontrée à Paris et je me suis super concentrée pour ne pas en perdre une miette.

    On a ris, qu’est ce qu’on a ris. On a aussi chialé hein.

    Tous les discours se trouvent sur le net. Vraiment allez voir. Allez voir Angela (il existe avec des sous titres français en plus) mais allez voir les autres aussi : Cecile Richards, Ashley Judd, Linda Sarsour, Scarlett Johansson sont celles qui me viennent tout de suite en tête, j’oublie les noms d’autres, magnifiques aussi.

    Et puis on a marché. J’ai pas vu un flic. On était des centaines de milliers (ça fait un paquet) et on se marrait. Quand je vous dis que c’était fou. Y’avait des pancartes, des chants et des bonnets roses. Et ces sourires tellement volontaires.

    Puis bon, on a quand même dû retourner au bus à un moment donné. Ça faisait quatorze heures qu’on était debout. Il nous restait une heure de marche pour rejoindre le parking. On était ivre de fatigue. Je n’avais entendu cette expression que dans des poésies d’école primaire, maintenant je sais ce que c’est. Ça existe vraiment. On a pleuré de rire en croyant vraiment qu’on ne s’en sortirait pas vivantes tellement notre corps nous lâchait. Je ne sais pas comment mais les copines ont retrouvé notre bus ce qui nous a permis d’aller baver sur la vitre pendant le retour.

    Je ne suis pas vraiment encore redescendue. Mais tant mieux, j’ai pas tellement envie. Une prochaine fois peut être je vous raconterai comment tout ça continue. Ça aussi c’est incroyable.

    Les choses bougent. Ou alors est-ce encore mon cerveau qui me protège? En tous cas ce dont je suis sûre c’est qu’il turbine avec les cerveaux de plein d’autres. Et c’est quand même un peu ça l’humanité non?

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    Si vous voulez voir des jolies photos bien comme il faut, vous pouvez aller voir par  par exemple (faites signe si le lien ne marche pas, je suis pas bien sure de mon coup).
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      10 réflexions sur “Hear our voice |Women’s March on Washington

    1. Nathalie Van Braekel
      26 janvier 2017 à 9 h 46 min

      J’adore !!!

      Malgré le même bus, on n’a pas fait le même parcours, j’ai vu des flics oui, mais ils souriaient. Certains ont même lancé des fleurs depuis leur camion [🌺]

      Je n’avais pas le numéro de l’avocat dans ma poche, mais j’ai trouvé cette manif tellement sereine et forte (un peu comme les femmes qu’on voudrait être – qu’on est, allez).

      Magnifique moment. C’est pas fini !

      Nathalie

      ________________________________

      • 26 janvier 2017 à 9 h 48 min

        Mais oui! C’est pas fini! Tu viens a l’ecriture de postcards a l’ecole tout a l’heure?

    2. 26 janvier 2017 à 9 h 51 min

      Wow, ca pète quand meme. Les discours et le poème récité par Ashley Judd étaient juste parfaits.
      Je comprends ce que tu veux dire, j’ai mon avis mais comme je peux pas voter, je le garde majoritairement pour moi.

    3. 26 janvier 2017 à 11 h 42 min

      Bravo !!!! de tout coeur avec the américain women. Trop loin pour aller défiler mais nous suivons les nouvelles et chaque jour apporte son lot de bad news et non de fake news. Quand sera t il de notre pays en mai si une blonde gagne ? courage fuyons mais trop vieille pour émigrer, alors encore quelques instants de paix à savourer.

    4. 26 janvier 2017 à 11 h 48 min

      Merci beaucoup pour ce récit ! Le combat ne fait malheureusement que commencer. Bon courage !

    5. 30 janvier 2017 à 8 h 01 min

      Ton article est super… Je le fais suivre. J’ai beaucoup pensé à toi et à toutes les autres que j’ai rencontrées à NY durant mes séjours… Je vous souhaite bon courage et surtout, ne lachez rien! :-)
      Bises Louise!

    6. Perriolat
      17 mars 2017 à 6 h 21 min

      Yes la birgit!!!

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