Des enfants des villes

Ftrain

J’ai grandi à la campagne. Dans des villages ou des petites villes. Dans le sud de la France.

Mes souvenirs de petite enfance mélangent les vignes, les marchés, les places de village, les fontaines, les apéros en terrasse. Et puis de fil en aiguille, parce que la vie et puis parce qu’on m’a appris à aller voir ailleurs, je continue la route ici à New-York.

Et je regarde mes enfants. Ils ne vivent pas du tout la même enfance que moi. Je ne la trouve ni mieux, ni moins bien qu’une enfance à la campagne, je remarque juste que leur quotidien est vraiment différent.
Mes enfants ne connaissent pas les longues après-midi dehors dans leur jardin avec leurs cabanes et leurs coins secrets. Ils ne savent pas ce que c’est d’être hors du champs de vision permanent de leurs parents. En ville on ne lâche jamais un enfant des yeux. Même dans un playground quand on discute avec les copines on sait (à peu près) toujours où sont nos gosses. Pas une seconde de tranquillité. C’est comme ça. Ils le savent.

Ils connaissent les musées, les peintures, les sculptures, les photos. Ils savent les boutiques de musées qui sont tellement chouettes mais dans lesquelles « je vous préviens, on n’achète rien ».

La voiture pour eux est une fête, elle est rare et synonyme de vacances. Elle est bizarrement clean parce que toujours louée et jamais à nous.
Du haut de ses cinq ans Merlin sait très bien comment prendre le métro. Il connais les lignes qui le mènent chez lui et le nom de la station à laquelle il faut descendre. Il se paye même le luxe d’avoir des lignes préférées. Il me tient la porte pour permettre à la poussette de passer et reconnais le sigle qui indique un ascenceur quand il y en a un. Suzie quand à elle à deux ans préfère le bus parce qu’elle sait qu’elle devra sortir de la poussette et qu’elle pourra s’assoir à côté de la fenêtre.

Ils ne connaissent pas les supermarchés. Faire les courses veut dire aller acheter 3 œufs et un paquet de pâtes au déli du coin.

Leur jardin est un parc immense, leurs terrains de jeux s’appellent playgrounds et sont partagés avec plein d’autres enfants. D’ailleurs pour eux partager les jouets et jouer avec des enfants dont on n’est pas sûr de revoir la trombine un jour, c’est normal.
Pour eux, point de mamies sur le banc qui caressent les cheveux à chacun de leurs passages en disant « boudillou, comme ils ont grandi les petits! ». Mais des passants qui leurs parlent anglais, français, espagnol ou chinois. Rien d’étrange à cela pour eux. Je n’ai pas encore vu mon fils trouver quelqu’un de bizarre. La différence est normalité pour lui.

Mes drôles connaissent la rue, le trottoir, le bitume. Ils y jouent. Ils grimpent, sautent ou font une pause, s’assoient par terre pour se raconter des histoires. Ils savent la foule dense et ses dangers. Ils savent donner la main fort quand on s’y trouve.

Alors c’est vrai que c’est plus en pensant à nous qu’à nos enfants qu’on a décidé de venir vivre à New-York. Et même si quelquefois, je suis fatiguée et je me dis « je les foutrais bien dans le jardin à zoner en culotte pendant que je bouquine sur une chaise longue » (c’est ça qu’on fait non quand on habite à la campagne? Ou alors est-ce possible que je nourrisse une vision idyllique de la chose?), je les regarde grandir ici et je me dis que oui, c’est radicalement différent de ce que moi j’ai vécu mais quand même c’est vachement bien!

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